Feuilles de route 2013

Feuille de route n°1

Il est temps de prendre la plume avant que l’année 2013 ne se termine !

Pour nous, concernant Andavakoera, 2013 a été prévue comme une année de pause dans les travaux, pour laisser le temps aux villageois de gérer en autonomie les installations d’eau et d’électricité. Bien sûr sous le contrôle d’Alain Charlet, notre correspondant local et de Romulus, élève ingénieur qui s’est rendu régulièrement au village toutes les deux semaines. Ils sont tous deux les personnes clés sur place pour la réussite de notre projet commun.

Alain Mouflard, après l’expérience d’Andavakoera, s’est fortement engagé dans l’ONG Hydraulique Sans Frontière (HSF). En février, au cours d’une mission à Tamatave, Alain a pu se rendre quelques jours à Diego et s’assurer que tout allait bien: nettoyage complet du réseau d’eau potable, vérification des comptes et de l’état des installations électriques. 83% des villageois sont à jour de leur redevance, ce qui est remarquable. Linlin, le jeune villageois formé à Tana, se débrouille fort bien avec le centre de charge et la gestion des batteries- avec de régulières mises au point par Romulus. Alain a aussi pu constater la dramatique absence de pluies alors que cela aurait du être la pleine saison. Cette faiblesse de précipitations s’est poursuivie en avril, Le niveau d’eau des rivières était déjà celui d’octobre. En conséquence la récolte des fruits a été plus faible que d’habitude et donc les revenus également. Le village en aval, Ivovona, est actuellement sans eau et des hommes de ce village font des kilomètres pour venir s’approvisionner à Andavakoera, ce qui pourrait poser problème à la longue.

L’école fonctionne bien a priori : pas de nouvelles bonnes nouvelles! Par contre le parrainage des jeunes du collège nous cause des soucis. Leur niveau très faible se traduit par des redoublements à répétition et le fait de ne « sponsoriser » que quelques enfants suscite des jalousies parmi les parents, l’allocation étant assez élevée par rapport au niveau de vie à Mada. Le CA des Amis de Circée a donc décidé deux mesures, en complément de celle prise en 2012 de ne plus parrainer de nouveaux enfants : n’accepter qu’un seul redoublement pour les enfants déjà engagés, et, par contre, de parrainer l’école maternelle et primaire d’Andavakoera (3 parrains participent déjà à cette nouvelle formule – un reçu fiscal est envoyé).

A l’avenir nous ne participerons qu’à des actions collectives qui bénéficieront à tous les villageois. L’aide au développement est un long apprentissage passionnant !

A ce propos, Jacqueline et Denis vont se rendre à Andavakoera du 13 au 29 novembre prochain pour assurer un nouveau suivi des installations, garder le lien avec le village et envisager la réalisation en 2014 d’une « case santé ». Cette idée avait été évoquée avec Yasmina, la sage femme de la commune de Ramena, lors de notre séjour en 2012. Elle assure une permanence au village pour vacciner les enfants et suivre les femmes sur le plan gynécologique. Elle a de plus en plus de demande de la part des femmes pour la contraception, le planning familial, le suivi pré et post natal. Elle officie dans de mauvaises conditions dans la maison communale, laquelle tombe en ruine d’après les dernières photos reçues. Deux femmes du village, déjà formées par l’Etat aux premiers soins, pourraient suivre une formation « d’assistante villageoise ». Cela va demander de longues discussions avec les autorités sanitaires de Diégo et les villageois pour affiner et valider un tel projet.

A bientôt donc des nouvelles fraîches de notre petit village !

Feuille de route n°2 – 15 novembre 2013

Dès l’atterrissage, on sait qu’on est arrivé à Mada. D’abord l’humour : la sortie de l’avion pouvant se faire par l’avant et par l’arrière, une jeune belle femme annonce à la cantonade « ça va plus vite par l’arrière » et les passagers de s’esclaffer en cœur ! Puis le désordre

indescriptible pour le visa et la police avec des queues dont seuls les initiés comprennent les subtilités pour passer en priorité. Heureusement Alain nous attend et nous évite d’être harcelés et tiraillés en tous sens par les chauffeurs de taxi.

Sur la route vers Diego, nous retrouvons cette ambiance qui nous touche tant avec chaleur et poussière, couleurs et échoppes à même le trottoir, sécheresse atténuée par les flamboyants couverts de fleurs rouges. Sur le chemin de l’hôtel (le petit paradis), après un arrêt à la banque et chez orange pour charger le téléphone, nous rencontrons Mathieu. Accolades, plaisir de se retrouver, dernières nouvelles. Mais nous filons à l’hôtel où les rendez vous s’échelonneront

jusqu’à 19h. D’abord Augustine la fille du vice président qui termine sa première année de BTS compta gestion. Cas unique pour le village, elle est devenue une élégante jeune femme. Elle nous raconte son année, ses réussites et ses difficultés. Elle est admise en seconde année et réalise son stage dans le service achats du port de Diego. Puis Romulus ; notre agent technique indispensable, nous explique le site qu’il est en train de créer pour Andavakoera et accueille avec joie le disque dur que nous lui amenons pour réparer son ordi en panne. Nous lui confirmons son embauche pour la semaine prochaine ; sans ses talents de traducteur, notre programme au village serait impensable.

Enfin Monsieur Haingo, directeur du SAGE (Service d’Aménagement et de Gestion de l’Environnement) avec lequel nous sommes en contact depuis le début de notre aventure malgache, nous tient au courant de l’avancement du projet de parc de la montagne des français. La mise en place a enfin trouvé un financement, le département du Finistère pour une bonne part. Vers 19h15 Alain nous propose de nous déposer dans un restaurant mais impossible d’entrer dans la chambre, la clé reste coincée dans la serrure. Pas de problème, Pierre le propriétaire prend un marteau et enfonce clé et serrure et nous installe dans la chambre en face!! Last but not least, Alain en faisant un demi-tour tombe dans le fossé qui borde la chaussée. Des passants et le personnel de l’hôtel s’unissent à nous pour soulager l’avant et remettre la voiture sur la rue.  » Plus de peur que de mal », mais c’est bien que les péripéties s’arrêtent là pour notre premier jour !

Feuille de route n°3

De retour depuis 2 semaines maintenant, faisons un bilan de ce séjour durant lequel nous nous sommes sentis ballotés entre ombre et lumière.

A Ramena, une brise légère fait danser doucement les branches de palmier, de l’autre coté de la baie le soleil disparait derrière les collines colorant de rouge et ocre les petits nuages, quelques pirogues défilent tranquillement sur la mer calme, les villageois souriants déambulent dans les ruelles de sable. A Andavakoera, les enfants n’ont qu’à lever la main pour se gaver de mangues. Mada magique. A Ramena, sous les frondaisons, les eaux usées suintent des cases misérables, la colline est couverte d’un tapis de sacs plastiques qui ornent aussi les arbres d’une décoration pitoyable. A Diégo, dans les parcs nationaux, la violence est partout, il n’y a plus de justice, plus d’ordre ; les villageois appliquent une justice sommaire et expéditive. En aval d’Andavakoera, à Ivovona, tous les puits sont à sec, la population désenchantée se sent abandonnée. Mada tragique.

La source généreuse captée au pied de la montagne des français continue à fournir une eau pure et claire malgré une saison des pluies catastrophique (mais la petite rivière Andavakoera est à sec bien en amont du village). Le réseau a été bien entretenu par les villageois, qui s’acquittent plutôt bien de l’écot mensuel, les femmes nettoient lavoirs et douches chaque dimanche. Satisfaction de les voir de plus en plus autonomes.

Malgré nos conseils, les villageois utilisent l’eau sans retenue et le sol imperméable n’est pas capable d’absorber les eaux usées. Celles-ci s’écoulent mal dans le village, les petits canaux d’évacuation ne sont pas entretenus, sont obstrués par des plastiques et des branches mortes créant un cloaque nauséabond et surtout propice au développement des larves de moustiques. Désillusion devant tant d’inertie et « un coup de colère » de notre part.

Linlin s’occupe parfaitement de l’installation électrique photovoltaïque, les cahiers et les fiches techniques sont bien tenus, l’argent des recharges des batteries récolté et apporté à Alain ponctuellement. Mais une dizaine de batteries ont été « confisquées » pour défaut de paiement : avec la sécheresse, la récolte de fruits a été beaucoup plus faible que d’habitude et, avec le vent violent toute la saison, la pêche a été mauvaise. Une partie des villageois est dans la plus grande précarité. Nous avons apporté plus de souplesse au règlement.

Un chevron de la charpente était déjà attaqué par des «bêtes », nous avons dû le changer, et l’intérieur de la case a été fini de peindre, le tout par incontournable Janvier. Linlin a commencé à installer un système de sécurité, proposé et fourni par Bob, sur chaque batterie pour empêcher de petits malins de les vider complètement. Une batterie a déjà été mise hors d’usage…

L’école est bien remplie, 54 enfants dont 15 en maternelle : la relève est assurée ! Mais une « surprise » : le chef Cisco (équivalent de notre inspecteur d’académie) a nommé un 3ème instituteur qui a, en plus, la fonction de directeur. Comme il n’y a que 2 salles de classe et qu’il habite à Diégo, il a organisé l’école de la manière suivante : il travaille le matin avec 2 sections, Raïssa enseigne toute la journée avec 2 autres sections et Robert n’a que l’après midi avec les maternelle et les CP !! Autant dire un enseignement au rabais pour les 2/3 des enfants … imposé par ce jeune directeur très autoritaire aussi bien avec les 2 autres instituteurs qu’avec les parents d’élèves.

L’éducation étant pour nous la première priorité, vous imaginez notre désarroi … qui n’a pas duré bien longtemps. Jacqueline a immédiatement pris les choses en main, forte du fait que 2 instits sur 3 sont payés par les parents d’élèves, par Mathieu et par nous, et encouragée par tous qui attendaient sa venue pour régler le problème ! Nous avons remis en service la case qui avait servi de maternelle pendant 2 ans, réorganisé les emplois du temps et les répartitions par niveau : seul le directeur – Yrvain – ne travaille que le matin, mais tous les enfants en primaire ont un emploi du temps complet. Pourvu que ça dure toute l’année scolaire… Venir à la rentrée scolaire est une bonne chose, cela nous permet d’observer la mise en place de l’année et de compléter le matériel pédagogique consommable. Merci aux parrains qui aident au financement.

Autre surprise : la clôture de l’école est enfin finie et solide ce qui a permis à Raïssa de commencer un jardin potager. Les 40 pieds de courgette poussent à vue d’œil avec la chaleur et l’arrosage, des tomates et des concombres doivent être plantées juste avant la saison des pluies : les premiers légumes du village, dont les enfants s’occupent à merveille ! Raïssa est bien motivée pour l’éducation environnementale aussi bien à l’école qu’à Jungle Park chez Mathieu.

Un point noir cependant : le portail d’entrée est toujours complètement cassé depuis plus d’un an, les zébus peuvent passer et les enfants se blesser, ceci dans l’indifférence générale. Découragement là encore ; nous avons réaffirmé qu’ils ne devaient plus attendre que les « vahazas » arrivent et paient les réparations.

Les enfants sont bien beaux avec les nouvelles blouses offertes par l’association !!

Ca pousse vite, déjà les premières courgettes en à peine 3 semaines ; les enfants sont émerveillés.

La coopérative avait été bien lancée en 2012 avec une vingtaine de femmes formées, des paniers avaient été ramenés en France et d’autres vendus dans des hôtels de Ramena. La vente chez nous avait permis de financer la formation.

En arrivant cette année, de nombreux paniers nous ont été présentés, d’autres avaient été vendus, mais nous avons vite compris que seules 2 femmes avaient produit. Nouvelle incompréhension : pourquoi, surtout en cette période où les fruits avaient peu rapporté ?

En discutant, alors que les femmes demandaient un complément de formation vannerie et une formation broderie, nous avons compris qu’un problème était pour elles d’aller s’adresser aux touristes, du fait qu’elles ne parlent pas français. Jacqueline a donné les quelques phrases clé nécessaires et proposé un jeu de rôle, elle étant la cliente potentielle ! Elles ont pu voir que c’était possible, avec force rires comme toujours.

Nous avions de nouvelles pistes possibles pour la vente, la coopérative a été reconstituée avec des volontaires qui se sont engagées, les points de vente identifiés et des binômes formés pour aller vendre, Raïssa a proposé un travail d’alphabétisation et de français un soir par semaine le soir. Nous ferons un point au printemps pour savoir si une formation complémentaire vannerie vaut le coup. De la formation d’adulte à la fois dans l’empathie et la fermeté.

Sommes-nous justes en agissant ainsi, c’est l’éternelle question.

Encore un sujet d’étonnement : la maison communale qui n’était déjà pas brillante, s’est à moitié effondrée durant l’année écoulée. Cette ruine trône au cœur du village sans que personne ne soit intervenu. Encore cette inertie qui nous est difficile à comprendre.

Jaomisy le vice président, nous a fait cependant part d’un projet lié à l‘école et à une proposition de l’UNICEF dont nous avions déjà eu vent en 2012. Cela va réanimer une certaine colère que j’avais évoquée à ce moment là envers les grosses ONG intéressées par le village …

L’inspecteur d’académie, le chef Cisco à Mada, nous avait annoncé que l’UNICEF avait proposé pour l’académie de Diégo de financer 16 classes. Andavakoera avait été choisi. En fait il s’agit d’une petite construction en tôle ( ?) pour laquelle l’ONG fournit le ciment pour la dalle et les tôles pour le toit, les villageois devant apporter la charpente, le bao bao pour les murs et la main d’œuvre gratuite. L’ensemble de cette participation avait été estimée à environ 1000 €. Rien n’a été fait depuis cette annonce, les villageois n’ayant ni le temps ni l’argent pour payer les matériaux et travailler bénévolement. L’idée de Jaomisy est de récupérer les parties de charpente encore valable de la maison communale et de les utiliser pour cette nouvelle classe. Laquelle devrait être construite à coté des autres salles, avant fin juin ; mais il n’arrive pas à motiver ses troupes. Qu’adviendra t-il alors de la maison communale, normalement le centre de la vie du village ?

Cela m’a ramené à une discussion l’an dernier avec le représentant d’une importante ONG américaine qui travaillait sur la biodiversité de la montagne des français. Il ne comprenait pas que nous payons les villageois pour les travaux que nous faisions pour eux, avec eux. Mais comment demander à des gens en économie de survie, au seuil de la misère, de travailler gratuitement pendant des semaines ? C’est, pour nous, faire des cadeaux empoisonnés.

Un autre exemple est celui de la protection d’une espèce de lémurien nocturne endémique de la montagne des Français mise en place depuis 2012 par MBP (Missipi Biodiversity Project) une ONG américaine. Des étudiants ont passé plusieurs mois en 2012 pour étudier cette espèce et notamment analysé les déjections pour identifier de quels fruits ils se nourrissent. Le projet est alors de construire une pépinière pour faire pousser des graines de ces fruits et de replanter ensuite les plants en vue de fixer et de préserver les animaux. L’idée est très louable, ce qui perturbe sont les moyens considérables alloués à ce projet, disproportionnés par rapport à la pauvreté et aux besoins des villageois. Même si 2 emplois ont été proposés au village.

La pépinière « grand luxe », en dur avec armatures métalliques, avec un local en dur pour abriter le matériel, un autre pour héberger les étudiants régulièrement de passage, ne propose pas d’espace pour des plants qui seraient bien utiles au reboisement du village et à l’alimentation humaine.

Un botaniste breton qui agit avec succès depuis 10 ans pour Jardin du Monde autour de Diégo, s’est montré outré de voir des pépinières bien plus « luxueuses » que les cases des villageois. Tout en doutant de l’efficacité des plantations à venir autant pour la difficulté de la reprise des plants que par l’omniprésence des zébus dans la forêt.

Pour terminer en beauté, 2 autres exemples significatifs de mon propos : Un modèle de latrines payé par l’Europe et bien sûr inutilisé …

Un puits profond de 15m, rempli d’eau saumâtre imbuvable, construit par le FID, en ruine et jamais utilisé …

Terminons sur une note positive : le département du Finistère qui est en partenariat avec la région de Diégo depuis des années, notamment pour l’aspect tourisme, a apporté un financement pour le développement touristique et la protection de la biodiversité de la montagne des Français. Des circuits vont être proposés (sous protection) et un programme de reboisement va être mis en place. Pour le village, 6 emplois sont possibles, 2 guides, 2 surveillants et 2 pépiniéristes. Les formations viennent de commencer, avec déjà certaines difficultés pour nos villageois presque analphabètes.

En résumé pour nous, un séjour en demi teinte, pas toujours facile parfois, avec ce questionnement au fond de nous sur l’adéquation entre ce que nous faisons et la réalité du terrain, non pas tant sur les besoins réels que sur le fond culturel. Nous sommes toujours aussi bien accueillis par tous dans la joie, le rire et la confiance malgré leur inquiétude sur l’avenir plus palpable que jamais.

Nous n’avons rien proposé de nouveau pour 2014, même si nous avons tous les éléments pour une éventuelle case santé, que nous imaginons comme partie de la maison communale reconstruite. Les villageois ne nous ont rien demandé … si ce n’est que nous leur conservions notre amitié malgré les quelques surprises qu’ils nous avaient réservées !!

Romulus vient de recevoir son diplôme d’ingénieur, il est major de sa promo !! Son projet de fin d’études portait sur l’électrification à Andavakoera …

Quelques photos..

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