Adduction d'eau potable 03

En m’accompagnant le dernier jour vers le taxi jaune qui me ramenait à Diégo, Jaoroby,dit John, le « jeune qui monte » à Andavakoera, m’a dit « c’est bien que vous soyez venu amener l’eau potable en 2011, car cette année il n’y a déjà pratiquement plus d’eau dans notre rivière ». C’est vrai que cette rivière leur sert normalement pour laver le linge et la vaisselle, et se laver eux-mêmes. Elle n’apparaissait plus que par endroits, avec un écoulement très faible, en faisant des dégâts sur la petite faune aquatique endémique, alors qu’il reste encore plusieurs mois avant la saison des pluies. Et les villageois n’ont plus à faire ces transports quotidiens d’une eau plus ou moins bonne, à partir du puits situé à plus de 600 m du village.

C’était très émouvant pour nous, et surtout pour eux, de voir couler cette eau pure et claire au cœur du village : deux bornes fontaine et un lavoir double pour la lessive et la vaisselle.Les jeunes, filles et garçons, les femmes se sont très vite approprié ces installations, en laissant parfois un peu trop les robinets ouverts. Tout un apprentissage à faire pour ces gens habitués à économiser l’eau quand il fallait la charrier et pas habitués à l’eau courante. Le village est assez étendu, c’est donc assez difficile de faire passer le message. Nous avons calculé les débits en fonction de leurs besoins vitaux pour ne pas pénaliser la rivière fragile,qui est aussi alimentée par deux autres sources.

Alain et moi avons passé deux jours sur place pour tout vérifier, faire les corrections nécessaires et finir les branchements avec, entre autre, des compteurs précis amenés deFrance. Pour terminer aussi le branchement de Jungle Park, le camp de Mathieu et Tinah.Nous avons globalement été très contents de la qualité du travail effectué. Quelques fuites nous ont inquiétés, tous les raccords ont été mis à jour mais finalement plus d’inquiétude que de mal et elles ont pu être corrigées.

Comme à chaque fois, ce sont les contacts et les relations avec les autorités locales qui ont été les plus délicats et sources de tension. Il y avait à la fois la cérémonie de réception à organiser pendant le court laps de temps de notre séjour, la remise officielle des ouvrages aux villageois et la mise au point d’une gestion efficace et pertinente des installations. Je passe sur les détails et les rebondissements, les mises au point nécessaires en exprimant auprès des autorités notre lassitude et presque découragement face aux freins rencontrés à chaque séjour. Nous avons obtenu toutes les signatures sur tous les documents prévus,la dernière au petit déjeuner une heure avant mon départ de Diégo !! Seule la gestion des installations n’a pas été bien cadrée. Deux villageois ont été désignés pour le suivi technique avec une fiche de vérification et de mesures très précise faite par Alain, j’ai fait la première tournée avec eux, mais la gestion financière, délicate, n’a pas pu être abordée.

Alors qu’elle était prévue depuis 2 mois, la cérémonie a pu de justesse, après moult palabres et tractations, avoir lieu le lundi 12 septembre mais pas avec toute la solennité attendue.Pour le ministère de l’eau il s’agissait d’une réception provisoire donc il n’était pas question d’une inauguration officielle… Dommage pour le maire qui avait fait édifier une stèle au centre du village : une sorte de rond point portant au centre une carte de Madagascar en béton. Il faudra maintenant apprendre aux zébus qui déambulent dans le village à respecter le sens giratoire !

Que d’émotion pourtant avec tout le village rassemblé, le hissage du drapeau malgache et tous les enfants qui entonnent l’hymne national pour fêter l’arrivée de l’eau au village.Des discours des représentants des ministères de l’eau, du tourisme, de la forêt et de l’environnement, celui du maire et celui de votre serviteur pour se réjouir de cette nouvelle réussite, remercier les financeurs dont le SIVIG (Syndicat Intercommunal de VIf le Gua) sans lequel cela n’aurait probablement pas été possible. Renouveler aussi notre attachement fort à Andavakoera, annoncer la poursuite des équipements en 2012 et assurer de la continuité de notre partenariat. Le zébu avait été tué la veille, les ingrédients du repas et de la fête assurés par la mairie et notre association : tout s’est bien passé jusque tard dans la nuit, il n’y avait pas que l’eau qui coulait à flots !
Le reste du séjour a été consacré au suivi de notre coopération pour les écoles : fournitures scolaires, installation d’un kit solaire dans l’école pour permettre des cours du soir pour adultes et/ou aux enfants qui le souhaitent de faire leur devoir (il n’y a plus de pétrole lampant à Diégo depuis des semaines). Nous avons aussi remis à plat le parrainage des enfants au collège : la situation de l’école publique se détériore de plus en plus et nous avons décidé, selon le souhait des parents, de les faire inscrire dans un collège privé. Ils y seront mieux suivi et ne seront qu’une cinquantaine dans les classes au lieu de 80 à 90élèves … Le surcoût n’est pas énorme pour nous. Trois nouveaux jeunes vont entrer en sixième ; ils habitent à l’écart du village et je n’ai pas pu rencontrer les parents pour leur expliquer le système. Robert, un des instituteurs s’en chargera. Merci à Alain Charlet qui assure toute la gestion financière de cette aide à l’école. Il ne connaissait pas le village et nous y avons passé une demi journée ensemble.

Pour 2012, nous avons quelques idées en tête : 2 bornes fontaine supplémentaires, dont une jusqu’à la « grande » école qui permettrait de continuer la campagne «mains propres »initiée par docteur Philippe l’an passé et d’y installer des latrines, premiers pas vers plus d’hygiène pour les enfants. Un assainissement performant autour du lavoir. Et « last but not least », une autre salle de classe adossée à la « grande » école pour rassembler tous lesenfants et les moyens au même endroit. L’histoire n’est donc pas finie …nous allons bien sûr en discuter au prochain CA des Amis de Circée.

Voilà un nouveau séjour productif, chaleureux, émouvant et par ailleurs un peu frustrant,pour moi et pour eux, parce que trop court. Notre rythme parait un peu absurde et déplacé là bas. Et Jacqueline était la grande absente.

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